André Goezu : Jamais je ne mettrai le mot «  fin » à mon parcours artistique !
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André Goezu : Jamais je ne mettrai le mot «  fin » à mon parcours artistique !

Les artistes ont souvent la particularité de travailler, créer, sans jamais s’arrêter, au point de ne pas connaître la retraite. Parti de ce constat, Makawa a eu l’idée de vous présenter chaque mois un artiste qui nous raconte son parcours, ses influences et sa vision du  temps qui passe. Et pour commencer cette série, c’est André Goezu, peintre et graveur parisien de 77 ans, qui a accepté un entretien. Qu’il s’agisse de son œuvre gravée ou picturale, sa technique est magistrale et sa palette de couleurs extrêmement personnelle. Ancien professeur aux Beaux Arts d’Anvers, il nous confie sa vision positive et poétique de la vie. Interview. 

Parlez-nous un peu de votre enfance…

André Goezu : Je suis né en 1939 à Anvers, je suis donc de nationalité Belge. Durant la guerre en tant qu’enfant juif, afin d’échapper à la soldatesque nazie, je reste caché dans une fermette au Nord d’Anvers, où je commence à dessiner. En 1945 je retourne dans ma ville natale avec mon jeune frère et ma mère. Mon père déporté sera assassiné à Auschwitz. Retour à Anvers après ces effroyables années, la vie reprend son cours, je poursuis une scolarité normale, études gréco/latine jusqu’à mes 17 ans.

On peut dire que le dessin a toujours été votre forme d’expression…

André Goezu : Jamais je ne mettrai le mot «  fin » à mon parcours artistique !Oui. D’ailleurs mon professeur de dessin, m’ayant reconnu un certain talent, m’encourage à poursuivre dans cette voie. A 18 ans ma mère autorise mon inscription à l’Académie Royale des Beaux d’Anvers où j’accomplis un cycle complet. En 1963 je décroche à l’Institut National Supérieur des Beaux Arts ma « Maîtrise » en arts plastiques. Depuis lors mon chemin est tout tracé : expositions, rencontres avec les amateurs d’art et collectionneurs jalonnent mon parcours.

Pourquoi avoir installé votre atelier à Paris ?

En 1968 sur proposition du Ministère de la Culture de Belgique on m’octroie une bourse d’étude pour Paris pour la Cité Internationale des Arts – Quai de l’Hôtel de Ville Paris 4eme. J’y demeure avec mon épouse Paula dans le studio Reine Élisabeth de Belgique pendant une année entière. Nous décidons, vu les fructueux contacts avec les galeries, de demeurer à Paris. Depuis 1968, on peut dire que nous sommes devenus parisiens.

Selon vous, on naît artiste ou on le devient ?

Artistes nous le sommes tous mais il faut la volonté et le courage pour se réaliser. Je crois que nous avons tous une fibre sensible, des dons dans diverses matières mais que nous les exploitons peu ou prou. Aussi il faut de l’abnégation pour cultiver ses dons cachés. Je crois que la réussite, plus particulièrement dans diverses disciplines artistiques, demande une ferme volonté, une passion chevillée au cœur, un esprit critique implacable et un travail quotidien.

Parlez-nous un peu de vos techniques artistiques…

André Goezu : Jamais je ne mettrai le mot «  fin » à mon parcours artistique !
« Fil d’Ariane » Gravure aquatinte.

Ce sont celles que nous enseignent les Beaux Arts ; La peinture que je propose est ce que l’on peut désigner comme « normale » « banale » : une toile, une peinture à l’huile, des pinceaux pour trahir la sensibilité de l’artiste. Pour la gravure un plus large choix technique m’est proposé. Je pratique la technique des gravures à l’eau forte, sur cuivre. Ce que l’on qualifie de taille douce. Mes gravures sont travaillées avec divers moyens dont l’aquatinte, la pointe sèche, le burin auxquels s’associe l’acide perchlorate de fer. Je me contrains comme devise en toute chose : «  Pour tirer le plus bel effet, l’effet maximum escompté d’une gravure, il faut employer le minimum de technique ! »

Quelles sont vos inspirations ?

Durant ma scolarité ayant fait des études gréco-latine le monde mythologique et ses insondables richesses d’interprétations m’ont toujours fascinées. Les diverses interprétations symboliques font partie de mon jardin secret et donc de mes inspirations quotidiennes. C’est la raison qu’inévitablement mon travail est traversé d’allégories proches du monde freudien. Mais finalement c’est au regard de l’autre que l’on se définit le mieux.

Quels sont les moments forts de votre parcours ?

André Goezu : Jamais je ne mettrai le mot «  fin » à mon parcours artistique !
Gravure aquatinte.

Outre plus de 200 expositions en groupes ou individuelles, j’aime me souvenir d’une exposition en 1982 à Tokyo montrant un vaste panorama de mes gravures. Mais la plus importante exposition parmi cette longue série est celle qui présenta par mes tableaux et gravures en 2016 mon parcours d’enfant juif caché au Musée de la Shoah et des Droits de l’Homme à Malines-Belgique.

Vous avez 77 ans… Est-ce essentiel pour vous de continuer de créer ?

Oui. Le processus de création est un des moteurs sans conteste de bonne santé morale et intellectuelle. Celui qui crée, vit. Sans ce besoin de créativité on se dessèche mentalement, car créer nous engage à combattre. Ce combat doit être celui de la lutte de Jacob et de l’Ange. Jacob qui ne cède pas, l’emporte. Quel plus beau et éclairant symbole que ce combat à l’image de notre passage sur terre. Laissez-moi encore lutter et je sais que je suis encore en vie.

Et la retraite dans tout ça ?

André Goezu : Jamais je ne mettrai le mot «  fin » à mon parcours artistique !Je n’y songe même pas ! Car un jour sans créativité est un jour perdu. Je me réfère souvent aux dernières années d’un Rembrandt, d’un Goya, d’un Matisse qui ont donné au seuil de leurs ultimes heures les plus pathétiques moments humains. Lorsque l’esprit est totalement libre de toutes contraintes, lorsque l’on atteint un réel détachement, l’artiste devient vraiment lui-même. Toute notre recherche artistique consiste à trouver cette intime vérité que l’on acquière par l’expérience et le savoir-faire durant son parcours. Continuer et toujours recommencer avec la même fraîcheur d’âme tant que l’esprit et la santé le permettent.

Voyez-vous un inconvénient au fait de vieillir ?

Et bien non … Je ne vois que des avantages à poursuivre l’itinéraire artistique ! Car avec l’âge nous avons bon gré mal gré acquis des expériences et des connaissances artistiques indéniables. Et j’ai toujours l’espoir d’en acquérir encore d’autres. Jamais je ne mettrai le mot «fin» à mon parcours. Demain est pour moi un jour de plus, un jour de nouvelles découvertes et de nouvelles espérances.

Quel conseil donnez-vous aux jeunes qui veulent devenir artiste ?

Pendant plus de 15 années, en tant que professeur invité par les Beaux-Arts d’Anvers, j’ai donné des cours. Je n’avais cesse de répéter les mots de Pierre Bonnard lorsqu’un jeune artiste lui demandait conseil, il répondait : «  Lorsque vous aurez appliqué votre première couche sur la toile, je vous attends à la deuxième couche ! » L’expérience, cet atout inestimable, que je qualifierais de deuxième couche, est celle que nous devons apporter et transmettre aux futures générations d’artistes. Il ne faut jamais s’arrêter !

Où vous voyez-vous dans quelques années ?

André Goezu : Jamais je ne mettrai le mot «  fin » à mon parcours artistique !
« Oiseau dans la tête » Gravure aquatinte.

Évidemment si la chance et la santé me sourient je me vois sans hésitation poursuivre mon chemin artistique bien au-delà de mes 77 ans. Le bonheur serait de mourir tout comme Molière mourant sur scène : le pinceau à la main. Peut-on rêver de plus bel adieu !

Pour finir, la retraite rime avec ?

Arrêt brutal. Le bout d’une route sans issue. Une période de ma vie que je ne parviens même pas à envisager. Il m’est indispensable de poursuivre jour après jour mon chemin vers le merveilleux et la découverte. Jamais mettre pied à terre… Car le jour d’après est toujours le plus prometteur, le plus ensoleillé.

 

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Tout sur André Goezu

Les prix reçus

Le Prix Oppenheim en 1961. Nommé Lauréat de l’Institut Supérieur des beaux Arts de Belgique en 1963. Le Prix Triennal de peinture de la Province d’Anvers : Mention Prix de la gravure de la Province d’Anvers. Distinction pour l’album de bibliophilie « Jean Ray- John Flanders ». En 1990 il est nommé membre de l’Académie Royale des Science et des Arts de Belgique

Son actualité en 2017

Une exposition de gravures au mois de mars 2017 « Mes amis de Paris » à la galerie « Epreuve d’artiste » à Anvers. Une exposition à Kapellen, Belgique en septembre 2017. Permanence de son travail à la galerie Marcel Jas, Breda aux Pays Bas, à la Galerie « Jacques Gorus » Anvers et à la galerie « Marie Demange » à Bruxelles.

En savoir plus : https://andregoezu.com/

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