Jean-Guy Pouplard : « Le bénévolat m’a sauvé de l’ennui »
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Jean-Guy Pouplard : « Le bénévolat m’a sauvé de l’ennui »

Nombreux sont les séniors à vouloir prendre une activité bénévole quand sonne l’heure de la retraite… Mais pour Jean-Guy Pouplard, 69 ans, ce n’était pas une évidence. Alors qu’il avait envisagé de passer sa retraite à jouer au golf et à voyager, c’est l’ennui qui, au bout de deux ans, l’a poussé à rejoindre l’association d’aide pénale. Pour Makawa cet ancien patron de PME se confie sur sa nouvelle vie en tant que contrôleur judiciaire. Entretien avec un retraité épanoui grâce au bénévolat ! 

Vous avez fait carrière en tant que fabricant d’articles pour bébés, racontez-nous un peu…C’est ça. Avec mon épouse nous avons dirigé ensemble une entreprise pendant une trentaine d’années spécialisée dans la fabrication d’articles pour bébés…Ma femme s’occupait du style et de la comptabilité, moi je m’occupais de la gestion plus administrative et de toute la partie commerciale. Tout se passait dans la région angevine et s’est étalé un peu jusqu’au Maroc les dernières années avec un atelier à côté de Casablanca.

Et vous avez cessé cette activité en quelle année ?

Il y a 10 ans ! On a arrêté totalement, il n’y avait pas de repreneur parce que la société était en baisse de régime, et on n’a eu personne désireux de la relancer, ça n’intéressait même pas mon fils (rires) !

Vous gardez un bon souvenir de toutes ces années ?

Excellent ! On a bien travaillé, on a bien gagné notre vie, on a même été leaders certaines années en tant que fabricants… Bref, on a eu d’excellentes relations humaines et commerciales.

Finalement, vous aviez programmé votre retraite ?

Pas du tout ! Je n’envisageais absolument pas l’inactivité… Sinon que je voulais jouer au golf et être tranquille (rires). Sérieusement, j’aurais bien continué un peu mais comme il y avait une baisse de régime, je n’avais plus l’âge de relancer quelque chose, je n’avais plus envie…

C’était un peu une retraite forcée…

Oui et non ! Au début j’étais très content de ne plus rien faire, ça m’a permis de mettre à jour beaucoup de choses que tout homme laisse un peu à la traine quand il travaille : les assurances, les retraites complémentaires, la paperasse administrative… Après j’ai fait un checkup avec les médecins pour voir si j’étais en bonne santé, je devenais un peu hypocondriaque. Et puis j’ai beaucoup joué au golf, on a aménagé notre appartement avec ma femme… Il s’est passé deux ans comme ça. J’allais au cinéma l’après-midi ou en soirée, je bouquinais … Mais au bout d’un moment je me suis emmerdé (rires).

 Vous tourniez en rond…

C’est ça ! C’est bien gentil tout ça mais il n’y avait pas véritablement d’attrait, j’ai fait tout ce que j’avais à faire. Et c’est à ce moment-là, au cours d’un diner à Paris, que j’ai rencontré un retraité, ancien haut fonctionnaire à Bercy, qui était devenu trésorier de l’Association d’Aide Pénale dans laquelle il y avait de la place pour des bénévoles…

Vous avez sauté sur cette occasion !

Oui. J’ai été voir et ça m’a intéressé. J’ai d’abord suivi une formation et j’ai passé un an à observer, je m’y suis beaucoup intéressé, ça m’a passionné notamment parce qu’on est sur du contact humain.

Parlez-nous de cette association…

L’association d’aide pénale existe depuis 1970 et a plusieurs activités : le contrôle judiciaire, la médiation pénale et la réparation pénale des mineurs. Moi je suis dans le service de contrôle judiciaire socioéducatif. Concrètement, quand quelqu’un a commis un délit, le juge peut décider de le laisser en liberté sous contrôle judiciaire plutôt que de le placer en détention provisoire… Et c’est là que j’interviens !

Et en quoi consiste votre rôle ?

Je veille à ce que ces personnes aient un domicile, un travail ou une formation, et si c’est nécessaire, il peut y avoir une obligation de soins s’il y a une dépendance à l’alcool ou la drogue par exemple.

Donc vous organisez des rendez-vous avec ces personnes…

Tout à fait. Pour les contrôler je les reçois sur rendez-vous en général à un rythme d’un entretien par mois d’environ une heure. Et j’ai aussi un rôle socioéducatif, c’est-à-dire d’arriver à les aider dans leurs démarches. Parce que tous les délinquants ne sont pas forcément des truands, ça peut être un accident de passage dans la vie qui peut entrainer de graves problèmes familiaux, professionnels, pécuniaires et ça peut être la descente aux enfers… Mon rôle est de veiller à ce que ces personnes en question trouvent un boulot en les aidant à prendre contact avec pôle emploi tout en les orientant dans le domaine de recherche.

Vous les accompagnez combien de temps ?

Jusqu’au jour du jugement… Il peut y avoir un autre suivi ensuite mais ce n’est pas notre association qui s’en occupe.

On sent une vraie passion quand vous en parlez, c’est pourtant loin de votre activité initiale…

C’est vrai. Mais je voulais être avocat à l’origine, j’ai fait du droit. J’ai toujours été attiré par l’ambiance judiciaire : la robe, l’avocat, les juges, et le théâtre aussi. Donc je suis dans un domaine qui m’a toujours attiré ! Et je fais de l’humain de tous les sexes, de tous les âges, de toutes les mœurs et de tout genre : ça va de l’inceste au viol, de l’escroquerie au vol qualifié, des bandes organisées et même jusqu’à la radicalisation. J’aime vraiment ça !

Que pense votre entourage de votre investissement associatif ?

Ma femme était ravie quand je me suis lancé (rires). Plutôt que de me voir trainer, elle est contente et ne le regrette pas du tout. Quant à mes amis, ça les intrigue parce qu’ils méconnaissent le contrôle judiciaire. Alors je leur raconte des anecdotes qu’ils trouvent incroyables mais toujours de façon anonyme bien entendu.

Finalement le bénévolat vous apporte quoi ?

Une certaine forme d’humilité. Parce que quand vous avez été patron toute votre vie, une association ne se gère pas comme une entreprise, il y a un président, un vice-président, un trésorier etc. Il faut respecter toute cette hiérarchie. Faut gérer l’humain, les susceptibilités, les bruits de couloirs… Dans une entreprise vous pouvez taper du poing sur la table en disant « c’est comme ça et pas autrement », alors qu’une association ne se gère pas de la même manière. Ça a développé mon côté diplomatique !

Que pensez-vous de Makawa qui propose des missions bénévoles sur mesure aux séniors ?

C’est super ! Parce que pour certaines personnes quand il n’y a plus de boulot, c’est foutu, leur vie s’écroule. Comme moi quand au bout de deux ans je tournais en rond, ce qui me manquait le plus c’était le contact humain. Il y a aussi une perte de reconnaissance, je trouve quand on n’a plus d’activité. Ça permet de rester actif et de côtoyer des personnes dans la vie active.

Pour finir, la retraite c’est…

Une autre vie !

Envie de faire du bénévolat ? D’en savoir plus sur Makawa ? C’est ici

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