Jean-Claude Lattès : Interview exclusive du célèbre éditeur !
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Jean-Claude Lattès : Interview exclusive du célèbre éditeur !

Jean-Claude Lattès, 75 ans, est l’un des grands éditeurs français d’après-guerre. A la tête de la maison d’édition qui porte son nom, il a publié des auteurs aussi prestigieux que Jean d’Ormesson, Joseph Joffo (« Un sac de billes »), Amin Maalouf, Irène Frain, etc. Ayant quitté le métier d’éditeur, il consacre, à présent, une grande partie de son temps à l’écriture… Pour Makawa il a accepté de se confier sur son parcours et son nouveau quotidien. Interview. 

Si vous deviez vous présenter en deux mots ?

Jean-Claude Lattès : Je suis un homme qui vit à la campagne, qui voyage, qui lit, qui écrit et qui essaye d’être dans son temps !

 Dans son temps, c’est à dire ?

A un certain âge, le poids des années et des expériences fait qu’il n’y a plus de prise de conscience immédiate de ce qu’il se passe. Et comme la société change, il faut s’y adapter. Ce n’est pas un exercice facile. Il faut réapprendre à se connaître, réadapter ses possibilités physiques. Qu’est-ce que je faisais que je ne peux plus faire ? Et qu’est-ce que je peux encore faire ? Voilà les questions que l’on se pose. Aussi bien pour soi que dans la relation au monde…

Pourquoi avoir choisi le métier éditeur ?

Parce qu’adolescent j’adorais lire. J’habitais à Nice et j’ai pu rencontrer quelques écrivains qui venaient comme Cocteau. J’étais fasciné par la lecture et par les écrivains de mon temps. Donc, j’ai fait des études de lettres et de commerce. J’ai longtemps hésité entre l’écriture et l’action, et j’ai pensé que l’édition était la forme qui me convenait le mieux. Je pouvais à la fois rencontrer les hommes que j’admirais, travailler avec eux et en même temps les servir, à la manière d’un entrepreneur.

Qu’avez-vous particulièrement aimé durant toutes ces années dans l’édition ?

La chose que j’aimais le plus c’était le contact avec l’auteur et ensuite la jouissance de le faire connaître. J’étais très très content quand j’avais des livres à succès. Certains ont peur du succès, moi pas. Je me disais, cet auteur à 3000 lecteurs, je vais essayer de faire en sorte qu’il en ait 10 000. C’était un défi que je me lançais avec un grand plaisir !

Ce monde que vous aimiez et qui était le vôtre, vous l’avez vu changer…

C’est vrai. Mais il a changé après que j’ai arrêté d’être éditeur. La place du livre dans la société n’est plus ce qu’elle était. En conséquence la place de l’auteur est moins élevée, et celle de l’éditeur moins importante. Il y a, bien sûr, encore, de jeunes esprits qui sont très marqués et qui vont chercher leur salut dans la lecture pour trouver un maître à penser ou des émotions. Mais dans la société l’écrivain a moins d’importance qu’il y a un demi-siècle ou même 25 ans.

C’est quelque chose que vous regrettez ?

Oui. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Le livre, c’est une réflexion longue et lente. C’est la mise en boucle d’un certain nombre d’idées réfléchies, pesées. Je trouve que la société dans laquelle nous évoluons vit trop sur l’instantané et l’émotif. Ainsi, on est amené, sans arrêt, à prendre des décisions ou avoir des réflexions qui n’ont aucun sens, aucune direction. Donc oui, je regrette. Je considère qu’il est plus intéressant de lire un livre sur Richelieu ou Mazarin que de sauter d’un fichier à l’autre sur Wikipedia, sans jamais approfondir. On ne peut pas résumer Richelieu en 15 lignes !

Il y a encore de même de la place pour le fond….

Oui. Il y a toujours des livres de réflexion très importants, mais ils ont un nombre de tirage beaucoup moins grand qu’il y a 30 ans. Il y a un appauvrissement, je trouve, de la culture, de ce qui était notre culture. Il en est, sans doute, une autre, mais c’est très difficile de comparer Charles Trenet et le rap. Alors est-ce que Charles Trenet c’est mieux que le rap ou est-ce que le rap c’est mieux que Charles Trenet ? Moi je préfère Charles Trenet parce que je suis un « vieux c… ». Mais c’est quelque chose qui a vieilli, comme moi !

Vous êtes maintenant auteur… Pourquoi écrivez-vous ?

Principalement pour faire fonctionner mes neurones. Je pense que la pensée, l’esprit doivent être alimentés. Il faut les faire travailler, comme le corps. Sinon, ça s’atrophie. C’est la raison principale pour laquelle j’écris. C’est une raison totalement égoïste. La seconde raison qui me pousse à écrire c’est l’accomplissement de ma curiosité. J’ai toujours été curieux et je me fais maintenant un devoir de le rester, aussi, pour faire travailler mes neurones.

C’est une sorte de footing intellectuel ?

Absolument… C’est du footing de l’esprit !

Comment organisez-vous vos journées de travail ?

J’écris deux heures par jour, je dicte ensuite une heure par jour à une secrétaire… Enfin, à quelqu’un qui tape, car je ne sais pas taper !

Votre vie est faite de nombreux voyages, vous voyagez encore beaucoup ?

Oh oui ! Je suis en voyage 4 ou 5 mois par an. J’ai fait un livre sur l’Inde, je suis allé passer un an là-bas. Le voyage pour moi est un but culturel : comprendre, voir, admirer. Donc je ne vais pas à la plage, vous voyez !

Vous voyagez pour vous documenter dans les bibliothèques, rencontrer des gens sur place ?

J’y vais pour voir le cadre. Le cadre est très important pour restituer une situation historique. Je suis en train de travailler sur les maisons romaines, plus exactement sur les femmes romaines et comment elles tenaient leurs maisons. Pour ça, j’ai besoin de voir comment elles sont structurées. Il y a le contact physique avec la fresque, la lumière qu’elle dégage. Quand vous êtes sur place, vous vous projetez dans une époque et vous comprenez mieux la mentalité et les modes d’une culture et puis il y a aussi, souvent, l’éblouissement devant la beauté. Et ça, c’est un plaisir présent, immédiat !

Quelles questions vous posez-vous sur les femmes romaines ?

Comment étaient-elles, comment vivaient-elles ? Est-ce qu’elles ressemblent aux matrones stéréotypées qui ont la charge du foyer ? Bien sûr que non ! Alors le voilà, mon prochain sujet. Là je suis dedans, complètement obnubilé, incapable de rien lire d’autre. Pour avoir des idées originales, il faut que ça devienne une obsession.

Vous rêvez de femmes en toge ?

Ah ben oui, je les vois habillées, je les vois circuler…

Vous travaillez encore, vous voyagez, vous sortez beaucoup… Ca ne s’arrête jamais ?

Je crois qu’il faut essayer de ne pas s’arrêter. Il ne faut pas se laisser aller. L’âge venant, on perd cette force du jeune homme, cette impétuosité de la jeunesse puis cette force de l’âge mûr. Après, j’ai encore la chance d’être tenaillé par la curiosité, d’avoir des amis, des goûts à nourrir, je suis très gourmand, donc, pour moi, faire des voyages c’est toujours l’occasion de faire des repas, de chercher la bonne cuisine.

Vous gardez une certaine jeunesse…

Il faut se forcer !

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